LE RACISME DE DARWIN ET LE COLONIALISME

Le professeur Adam Sedgwick, un proche ami de Darwin, est l'un de ceux qui avaient prédit les dangers que la théorie de l'évolution provoquerait. Il a remarqué, après la lecture et la digestion de The Origin of Species, que "si ce livre se faisait accepter par l'opinion publique générale, il mènerait à un abrutissement de la race humaine sans précédent".7 Et, en effet, le temps a donné raison à Sedgwick. Le 20ème siècle a depuis pris sa place dans l'histoire de l'homme en étant considéré comme un âge sombre où les gens se sont faits massacrer pour leur race ou origine ethnique.

Bien sûr, la discrimination et l'éradication basées sur de telles notions existaient longtemps avant Darwin. Cependant, le darwinisme a offert une fausse respectabilité et légitimité scientifique à cette discrimination.

"La conservation des races favorisées"

La plupart des darwinistes prétendent aujourd'hui que Darwin n'a jamais été raciste. Ils disent que les racistes ont extrapolé d'après les idées de Darwin d'une façon biaisée afin de soutenir leurs propres vues. Ils affirment que le sous-titre "la conservation des races favorisées" de The Origin of Species, n'est applicable qu'aux animaux. Cependant, ceux qui avancent cette assertion semblent ignorer ce que Darwin dit dans son livre au sujet de la race humaine.

Dans ce livre, Darwin avance que les races humaines représentent les différentes étapes de l'évolution et que certaines races ont évolué et progressé plus que d'autres. Certains humains seraient ainsi proches des singes.

Darwin prétendit que "le combat pour la survie" était applicable aux races humaines. "Les races favorisées" sortiraient victorieuses de cette lutte. Selon Darwin, cette race favorisée était celle des européens blancs. Les races asiatiques et africaines, elles, seraient restées en arrière dans le combat pour la survie. Mais Darwin alla encore plus loin et prétendit que ces races perdraient bientôt complètement le combat mondial pour la survie et disparaîtraient:

Dans le futur, les races humaines civilisées vont certainement exterminer et remplacer les races sauvages du monde entier. Les singes anthropomorphes seront alors sans doute aussi exterminés. La rupture entre l'homme et ses alliés les plus proches sera alors plus large. Elle séparera les hommes civilisés, (encore plus civilisés que le Caucasien, nous l'espérons) des singes comme le babouin, plutôt que de séparer, comme aujourd'hui, le nègre ou l'australien du gorille.8

Dans un autre chapitre de The Origin of Species, Darwin prétendit qu'il était nécessaire que les races inférieures disparaissent et qu'il n'était pas du tout nécessaire que les peuples développés essayent de protéger les faibles ou de les maintenir vivants. Il compara cette situation à celle des éleveurs d'animaux reproducteurs:

Les sauvages, les faibles de corps ou d'esprit seront bientôt éliminés; ceux qui survivront possèderont généralement un état de santé vigoureux. Cependant, nous, les hommes civilisés, nous faisons tout notre possible pour freiner le processus d'élimination car nous construisons des asiles pour l'imbécile, le mutilé et le malade; nous passons des lois d'assistance publique; et nos médecins prouvent leur extrême habileté en cherchant à sauver la vie de chaque malade. Il existe une raison pour croire que la vaccination a sauvé des milliers de personnes qui auraient autrement succombé à la petite vérole. C'est ainsi que les membres faibles des sociétés civilisées parviennent à propager leur genre. Quiconque s'est occupé un jour de l'élevage d'animaux domestiques ne peut douter de la conséquence hautement nuisible que cela engendrera à la race humaine.9

Comme nous l'avons vu, dans son livre The Origin of Species, Darwin considéra les aborigènes d'Australie et les nègres comme étant autant développés que des gorilles. De plus, il en défendit aussi l'extermination. Quant aux autres races "inférieures", il maintint qu'il était essentiel d'en empêcher leur multiplication et, ainsi, de favoriser leur extinction. Le racisme et la discrimination que nous rencontrons encore aujourd'hui ont été approuvées et justifiées de cette manière par Darwin.

De plus, selon Darwin, comme nous le verrons, le devoir de l'"homme civilisé" est d'accélérer cette période évolutionniste. Dans un tel contexte, il n'existait aucune objection "scientifique" à ce que les races qui allaient de toute façon disparaître soient supprimées.

Le racisme de Darwin est présent dans la plupart de ses écrits et observations. Il a par exemple ouvertement exposé ses préjugés racistes en parlant des indigènes de Tierra del Fuego (Argentine) qu'il a eu l'occasion de voir lors d'un long voyage commencé en 1871. Il les a décrits comme étant des créatures vivantes "complètement nues, submergées de teintures, mangeant ce qu'ils trouvaient tout comme des animaux sauvages, incontrôlables et cruelles envers tous ceux qui ne font pas partie de leur tribu, prenant plaisir à torturer leurs ennemis, offrant des sacrifices ensanglantés, assassinant leurs propres enfants, maltraitant leurs femmes, et adeptes de superstitions gênantes".

Cependant, le chercheur W. P. Snow, qui visita la même région dix ans auparavant, en présenta une image très différente. Selon Snow, les indigènes de Tierra del Fuego étaient "des gens délicats d'apparence puissante; ils aimaient leurs enfants; certains des objets qu'ils fabriquaient étaient ingénieux; ils reconnaissaient un certain droit de propriété et ils acceptaient de se soumettre à l'autorité de certaines femmes âgées".10

Comme ces exemples le prouvent, Darwin était raciste. En fait, d'après Benjamin Farrington, auteur du livre What Darwin Really Said (Ce que Darwin a vraiment dit), Darwin a fait beaucoup plus de commentaires concernant "les grandes différences entre hommes de races distinctes" dans son livre The Descent of Man (La descendance de l'homme).11

En outre, la théorie de Darwin a poussé l'homme à oublier qu'il avait été créé par Dieu, et que tous les hommes avaient été créés égaux. C'est un des facteurs qui explique la montée du racisme et l'accélération de son acceptation mondiale. Le scientifique américain James Ferguson énonce ainsi le lien étroit qui existe entre le rejet de la création et la hausse du racisme:

La nouvelle anthropologie est bientôt devenue un contexte théorique entre deux écoles de pensée opposées quant à l'origine des hommes. La plus anciennement établie prônait le "monogénisme", soit la croyance que l'humanité entière, sans tenir compte de la race ou d'autres caractéristiques, descendait directement d'Adam; ceci n'est rien d'autre que l'acte unique de la création de Dieu. Le monogénisme fut promulgué par l'Eglise et accepté universellement jusqu'au 18ème siècle. Ensuite, le rejet de l'autorité théologique a commencé à alimenter la théorie rivale appelée "polygénisme" (la théorie de l'évolution) qui soutient que les communautés de races distinctes ont des origines différentes.12

L'anthropologiste indienne Lalita Vidyarthi indique comment la théorie de l'évolution de Darwin a fait que le racisme soit accepté en tant que concept par les sciences sociales:

La théorie de la survie des mieux adaptés a été chaleureusement accueillie par les savants des sciences sociales de l'époque. Ils ont accepté l'idée que l'humanité ait traversé divers stades d'évolution dont le point culminant est la civilisation des blancs actuelle. Dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, le racisme a été accepté comme un fait par une grande majorité des scientifiques occidentaux.13

Les darwinistes se sont alors engagés dans une grande lutte pour prouver les vues racistes de Darwin. Pour atteindre ce but, ils n'ont pas hésité à inventer des tromperies scientifiques. Ces mensonges une fois démontrés, ils espéraient avoir scientifiquement prouvé leur propre supériorité et leur "droit" d'opprimer, de coloniser et d'exterminer, s'il le faut, d'autres races.

Dans le troisième chapitre de son livre The Mismeasure of Man, Stephen Jay Gould indiqua que certains anthropologues falsifiaient leurs données pour prouver "la supériorité" de la race blanche. Selon Gould, la méthode la plus employée était la falsification de la dimension cérébrale des crânes fossilisés trouvés. Dans son livre, Gould mentionne que beaucoup d'anthropologues avaient assumé que la dimension cérébrale avait un rapport avec l'intelligence, et avaient intentionnellement exagéré la taille des crânes caucasiens et sous-estimé la taille des crânes des noirs et des indiens.14

Dans son livre, Ever Since Darwin (Depuis Darwin), Gould décrivit les outils incroyables utilisés par les darwinistes afin de démontrer que certaines races étaient inférieures.

Haeckel et ses collègues ont aussi invoqué la récapitulation pour affirmer la supériorité raciale des blancs d'Europe du Nord. Ils sont partis à la recherche de preuves anatomiques et de comportement humain en se servant de tout ce qu'ils ont pu trouver, des cerveaux aux nombrils. Herbert Spencer écrivit que "les capacités intellectuelles du non-civilisé… ne sont pas plus évoluées que celles se trouvant chez les enfants du civilisé". Carl Vogt l'a dit d'une manière plus explicite en 1864: "Les capacités intellectuelles d'un adulte de couleur noire sont comparables à celles d'un enfant… Quelques tribus ont certes fondé des petits états possédant une organisation particulière. Pourtant, en ce qui concerne tout le reste, nous pouvons sans risque affirmer que cette race entière n'a rien réalisé de progressiste et de valable pour l'humanité ou rien n'étant simplement digne de conservation ni dans le passé, ni dans le présent."15

L'anatomiste français Etienne Serres a par exemple vraiment soutenu l'idée que les mâles noirs étaient primitifs parce que leurs nombrils se trouvaient à un niveau inférieur de celui des blancs.

L'évolutionniste Havelock Ellis, un contemporain de Darwin, a soutenu ce concept de races supérieures et inférieures par une explication soi-disant "scientifique":

L'enfant de race africaine est, à la naissance, à peine moins intelligent que l'enfant européen. Pourtant l'africain devient plus il grandit stupide et obtus et puis toute sa vie sociale tombe dans un état de routine bornée. De son côté, l'Européen conserve la plupart de sa vivacité enfantine.16

L'anthropologue darwiniste français Vacher de Lapouge a suggéré, dans son travail intitulé Race et milieu social essais d'anthroposociologie (Paris 1909), que les races non-blanches descendaient de sauvages qui n'avaient pas appris à se civiliser et qu'ils étaient les représentants dégénérés des classes de sang mixte. Il proposa de mesurer la taille des crânes des classes supérieures et inférieures présentes dans un des cimetières de Paris. D'après ses conclusions, certaines personnes étaient enclines, en raison de la taille de leur crâne, à être riches, sûres d'elles-mêmes et libres alors que d'autres étaient vouées à être conservatrices, à se contenter de peu, à posséder en quelque sorte toutes les qualités nécessaires d'un bon domestique. Les différentes classes étaient donc le produit de la sélection sociale. Les classes supérieures de la société correspondaient aux races supérieures, leur degré de richesse étant proportionnel à la taille de leur crâne. Lapouge déclara plus tard: "Je pense que dans les années à venir, les gens s'entretueront pour la forme de leurs têtes, qu'elles soient rondes ou pointues."17 Comme nous le verrons en détail dans les pages suivantes, cette prophétie s'est réalisée, le 20ème siècle ayant été témoin de nombreux massacres justifiés au nom du racisme…!

L'effet ne s'est pas limité aux anthropologues; les entomologistes (ceux qui étudient les insectes) se sont aussi embarqués dans le chemin tracé par Darwin. Donnons l'exemple d'un entomologiste anglais qui, en 1861, est arrivé à la conclusion, après avoir rassemblé différents poux vivant sur le corps de personnes dans différentes parties du monde, que les poux se nourrissant d'une race ne pouvaient pas vivre sur le corps d'une autre race. Considérer cette affirmation comme étant scientifique nous semble aujourd'hui tout à fait ridicule.18 Considérant que des scientifiques ont pu faire de telles remarques, il n'est pas surprenant que les racistes dogmatiques aient employé des slogans tels que "même les poux des nègres sont nègres" qui sont illogiques, absurdes et complètement insignifiants.

En bref, le côté raciste de la théorie de Darwin a trouvé un terrain très fertile dans la deuxième moitié du 19ème siècle. A cette époque, "l'homme blanc" européen cherchait alors encore une théorie pour justifier ses propres crimes.

Le colonialisme britannique et le darwinisme

Le pays qui a le plus profité des vues racistes de Darwin est la propre terre de Darwin, la Grande-Bretagne. Dans les années où Darwin a avancé sa théorie, la Grande-Bretagne avait fondé le plus grand empire colonial du monde. Toutes ressources naturelles de l'Inde à l'Amérique Latine furent exploitées par l'empire britannique. "L'homme blanc" pillait le monde pour son propre intérêt.

Néanmoins, en commençant par Grande-Bretagne, aucun empire colonial ne voulait être considéré comme "pilleur". C'est pour cette raison qu'ils cherchaient une justification à leurs actes. Une telle justification leur servirait à présenter les peuples colonisés comme étant "des gens primitifs" ou "des êtres vivants similaires aux animaux". De cette façon, ceux qui étaient massacrés et soumis à des traitements inhumains n'étaient pas considérés comme des hommes, mais comme des créatures mi-animales/mi-humaines; la violence contre un individu colonisé n'était dès lors plus considérée comme un crime.

En réalité, la recherche de cette justification n'était pas nouvelle: la première vague coloniale dans le monde remonte en effet aux 15ème et 16ème siècles. L'idée que certaines races portaient des caractéristiques animales avait déjà été avancée par Christophe Colomb lors de ses voyages en Amérique. Selon ces hypothèses, les indigènes américains n'étaient pas des hommes, mais une sorte d'animal développé. C'est pour cette raison qu'ils pouvaient facilement être mis au service des colonialistes espagnols.

Bien que Colomb soit dépeint dans les films sur la découverte de l'Amérique comme ayant une attitude cordiale et humaine à l'égard des indigènes, en vérité il n'a pas considéré les indigènes comme des humains.19

Christophe Colomb fut la première personne à provoquer un grand massacre. Après avoir établi des colonies espagnoles dans les endroits qu'il a découverts, il a fait des indigènes des esclaves, et est donc responsable du début de la traite d'esclaves. "Les conquistadors" espagnols ont compris l'importance de la politique d'oppression et d'exploitation mise en place par Christophe Colomb et l'ont adoptée: les massacres perpétrés atteignirent des dimensions incroyables. Prenons l'exemple d'une population d'une île de 200.000 habitants avant l'arrivée de Christophe Colomb. Et bien celle-ci fut réduite à 50.000 habitants 20 ans après son arrivée; cinquante ans plus tard, en 1540, il n'en restait plus que mille. Quand Cortes, le plus célèbre des conquistadors espagnols, a conquit le Mexique depuis février 1519, la population locale totale était d'environ 25 millions d'habitants. En 1605, il ne restait plus qu'un million d'habitants. Sur l'île de Hispaniola, la population de 7-8 millions en 1492 a diminué à 4 millions en 1496 et à plus que 125 personnes en 1570. Selon les chiffres des historiens, moins d'un siècle après que Christophe Colomb a posé pied sur le continent, 95 millions de personnes furent massacrées par les colonialistes. Quand Colomb a découvert l'Amérique, il existait 30 millions d'indigènes sur le continent. Le résultat des massacres qui furent perpétrés depuis cette époque-là et aujourd'hui fait qu'il ne reste plus que deux millions d'indigènes.

Ces massacres ont pu atteindre de telles proportions parce que les peuples indigènes n'étaient pas considérés comme des hommes mais comme des animaux.

Pourtant, les assertions de ces premiers colons n'ont pas attiré beaucoup de partisans. En Europe, à cette époque, la croyance que tous les hommes avaient été créés égaux par Dieu et que tous étaient descendants d'un ancêtre commun -Adam- était largement acceptée. L'Eglise catholique avait alors pris une position claire contre les invasions et les pillages perpétrés par les colonialistes. L'un des meilleurs exemples connus est la réaction de l'évêque du Chiapas, Bartolomé de las Casas, qui mit pied sur le Nouveau Monde en même temps que Colomb. Bartolomé de Las Casas a alors dit que les habitants locaux étaient "des êtres humains réels". Ceci, évidemment était contraire à l'approche des colonialistes qui considéraient les indigènes comme étant "une espèce animale". Le Pape Paul III a maudit le traitement sauvage des indigènes dans une bulle papale émise en 1537 dans laquelle il déclara que les habitants locaux étaient des êtres humains réels ayant la capacité de détenir la foi.20

Pourtant, la situation a changé au 19ème siècle. La propagation de la philosophie matérialiste a éloigné les sociétés de la religion; l'idée de Création Divine a commencé à être rejetée. Cela, comme nous venons de le mentionner dans les pages précédentes, a permis une hausse sans précédent du racisme.

La propagation de la philosophie darwiniste-matérialiste au 19ème siècle a permis au racisme de prendre encore plus d'ampleur. Ceci a fourni un énorme soutien au développement du système impérialiste européen.

James Joll, qui enseigna l'histoire pendant de longues années à Oxford, Stanford et Harvard, décrivit dans son livre intitulé Europe Since 1870 (L'Europe depuis 1870), le rapport idéologique entre le darwinisme, l'impérialisme et le racisme. Ce livre est aujourd'hui encore utilisé comme un livre de base pour les études universitaires.

Le darwinisme social peut être considéré comme la source principale d'inspiration de l'impérialisme. Sous le prisme du darwinisme social, les relations internationales prirent la forme d'une lutte perpétuelle pour la survie. A la suite de cette lutte, certaines races supérieures survivront dans un processus évolutionniste au sein duquel les plus forts devront constamment s'affirmer.

Les livres du naturaliste anglais Charles Darwin, The Origin of Species, publié en 1859, et The Descent of Man, publié en 1871, ont lancé des controverses qui ont affecté plusieurs branches de la pensée européenne… Les idées de Darwin et de certains de ses contemporains comme le philosophe anglais Herbert Spencer furent rapidement appliquées à des questions qui n'étaient pas directement scientifiques… L'élément du darwinisme qui a paru le mieux applicable au développement social était la croyance que l'excès de population devait forcément engendrer une lutte constante pour la survie. Seul le plus fort ou 'le mieux adapté' sortirait vivant de la lutte. Dès lors, il fut plus facile pour certains philosophes sociaux d'ajouter un contenu moral à la notion du 'mieux adapté'. En suivant cette logique, les espèces ou les races victorieuses devenaient celles qui possédaient les qualités morales les plus élevées.

La doctrine de la sélection naturelle a ensuite facilement pu être associée à une autre pensée développée par l'auteur français, Comte Joseph-Arthur Gobineau, qui publia un ouvrage intitulé Essay on the Inequality of Human Races (Essai sur l'inégalité de races humaines) en 1853. Dans cet essai, Gobineau écrivit que le facteur déterminant dans le développement humain est la race. Ainsi, les races supérieures seraient celles qui ont gardé leur pureté raciale intacte. Parmi celles-ci, Gobineau considéra que la race aryenne était celle qui avait le mieux survécu… Ce fut Houston Stewart Chamberlain qui contribua à porter certaines de ces idées encore plus loin… Hitler lui-même, ayant tellement admiré cet auteur (Chamberlain), qu'il lui a rendu visite sur son lit de mort en 1927.21

Comme nous l'avons vu, il existe une relation idéologique liant Darwin aux penseurs racistes et aux impérialistes, ainsi qu'à Hitler. Le darwinisme est la base idéologique de l'impérialisme qui remplit le monde d'un bain de sang au 19ème siècle, ainsi que du nazisme, qui en fit de même au 20ème siècle.

La Grande-Bretagne de l'époque victorienne a aussi trouvé sa prétendue "base scientifique" dans le darwinisme. Elle tirait de grands profits du colonialisme et n'hésitait pas à abuser des gens vivants sous son administration coloniale. L'un des exemples de la politique impérialiste douteuse de la Grande-Bretagne est "les guerres de l'opium" contre la Chine. La Grande-Bretagne a commencé à vendre aux Chinois l'opium cultivé en Inde dès le premier quart du 19ème siècle. Le trafic illégal d'opium augmenta avec le temps, ce qui favorisa le développement du commerce étranger britannique. D'un autre côté, le flux de drogue affaiblit l'autorité chinoise sur son propre territoire. L'effondrement social atteignit des proportions sérieuses. La prohibition de l'opium, que le gouvernement chinois n'a appliqué qu'après une longue période de doute, a mené à la première guerre de l'opium (1838-1842). Il est indiscutable que cette guerre a poussé le pays vers la faillite. La Chine fut obligée de se rendre face à la supériorité militaire des forces étrangères. En conséquence, les Occidentaux ont peu à peu créé, à partir de l'année 1842, des centres d'occupation sur le territoire chinois. Ils ont occupé une grande partie des ports (concessions), ont loué par bail des territoires et ont finalement obligé le pays à s'ouvrir au monde extérieur de la manière la plus avantageuse pour eux. La politique britannique a donc mené à l'appauvrissement du pays, à la faiblesse du gouvernement et à la perte lente de territoires.

Les expériences vécues en Chine ne sont qu'un exemple de la politique britannique parmi tant d'autres. Au cours du 19ème siècle, l'oppression causée par l'impérialisme britannique fut ressentie dans des régions telles que l'Afrique du Sud, l'Inde et l'Australie.

Les sociologues et scientifiques britanniques ont pris en charge la justification de ce système opprimant. Charles Darwin était parmi les plus importants et effectifs de ceux-ci. C'est lui qui prétendit qu'il exista toujours "des races supérieures" au cours de l'évolution, et que celles-ci étaient maintenant les "races blanches". C'est encore lui qui avança que l'oppression perpétrée par les blancs était "une loi de la nature".

Kenneth J. Hsü, le célèbre scientifique d'origine chinoise et chef du département de géographie de l'Institut fédéral de technologie suisse, décrivit Darwin comme étant "un scientifique distingué de l'ère victorienne et comme un membre établi d'une société qui envoya des canonnières pour importer de l'opium par force en Chine; tout ceci au nom de la compétition (au sein de la théorie du libre échange) et de la survie du mieux adapté".22

L'hostilité de Darwin envers les Turcs

La cible la plus importante fixée par la Grande-Bretagne vers la fin du 19ème siècle était de déstabiliser l'empire ottoman.

A cette époque, l'état ottoman gouvernait une énorme région s'étendant du Yémen à la Bosnie-Herzégovine. Cependant, les Ottomans avaient de plus en plus de difficultés à gérer ce territoire qu'ils avaient jusqu'alors dirigé dans la paix, la stabilité et le calme. Des minorités chrétiennes commençaient à se révolter au nom de l'indépendance alors que de grandes puissances militaires comme la Russie les menaçaient de l'extérieur.

Dans le dernier quart du 19ème siècle, la Grande-Bretagne et la France se sont placées du côté des puissances menaçant les Ottomans. La Grande-Bretagne convoitait particulièrement les provinces ottomanes du Sud. Le Traité de Berlin, signé en 1878, illustre la volonté des colonialistes européens de se partager les territoires ottomans. Cinq ans plus tard, en 1882, la Grande-Bretagne occupa l'Egypte, qui appartenait alors à l'empire ottoman. Le colonialisme britannique mit alors en pratique ses plans de contrôle sur les territoires ottomans du Moyen-Orient.

Comme toujours, la Grande-Bretagne a alors basé sa politique coloniale sur le racisme. Le gouvernement britannique a dès lors délibérément dénigré les Turcs, les fondateurs de l'empire ottoman, ainsi que tous les Ottomans et les considéra comme étant des gens soi-disant "arriérés".

Le premier ministre britannique William Ewart Gladstone dit ouvertement que les Turcs étaient de bons exemples non-humains de l'humanité. Il proposa, pour le bien de leur civilisation, qu'ils soient chassés d'Anatolie et repoussés vers leurs steppes asiatiques.23

Ces propos et tant d'autres semblables ont été employés pendant des décennies par le gouvernement britannique comme outil de propagande contre les Ottomans. La Grande-Bretagne tenta de présenter la nation turque comme étant une nation arriérée qui devait courber l'échine devant les races européennes plus avancées.

"La base scientifique" soutenant cette propagande n'était rien d'autre que celle avancée par Charles Darwin!

Les commentaires de Darwin concernant la nation turque sont parus dans le livre publié en 1888 intitulé The Life and Letters of Charles Darwin (La vie et la correspondance de Charles Darwin). Darwin y avança que la sélection naturelle jouerait un rôle dans le développement de la civilisation du fait de l'élimination des "races arriérées". Il y présente la nation turque de la façon suivante:

Je pourrais prouver que la sélection naturelle a servi et sert encore la civilisation beaucoup plus que vous ne le croyez. Rappelez-vous les risques encourus par les nations européennes lorsque l'Europe a été dominée par les Turcs il y a de cela quelques siècles et pensez à l'absurdité d'une telle idée maintenant! Des races plus civilisées comme les races caucasiennes avaient alors vaincu la barbarie turque dans une guerre pour la survie. Considérant le monde dans un futur proche, je prédis que d'innombrables races inférieures seront éliminées par les races civilisées supérieures dans le monde entier.24

Ces propos absurdes de Darwin étaient un outil de propagande écrit afin de soutenir la politique britannique de destruction de l'empire ottoman. Cet outil de propagande fut en effet très efficace. Les mots de Darwin "la nation turque disparaîtra bientôt, c'est une loi de l'évolution" a fourni l'appui scientifique nécessaire à la propagande britannique contre les Turcs.

Le désir britannique d'accomplir la prophétie de Darwin s'est essentiellement réalisé pendant la première guerre mondiale. Cette guerre d'une ampleur immense a débuté en 1914 et est le résultat de conflits d'intérêt entre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie d'un côté, et les alliés de la Grande-Bretagne, soit la France et la Russie, de l'autre. Le plus grand enjeu de cette guerre était de détruire et de partager l'empire ottoman.

La Grande-Bretagne a attaqué l'empire ottoman sur deux fronts différents: le premier était le front du canal de Suez, de la Palestine, et de l'Irak, afin de saisir les territoires ottomans du Moyen-Orient. Le second, le front de Gallipoli, fut la scène de l'une des plus sanglantes batailles de la première guerre mondiale. L'armée turque s'est battue héroïquement à Çanakkale et perdit 250.000 soldats en luttant contre les forces ennemies rassemblées par les Anglais. Quant aux Anglais, ils ont envoyé des troupes indiennes et des unités recrutées dans d'autres colonies telles que l'Australie et la Nouvelle-Zélande plutôt que leurs propres soldats pour combattre les Turcs. Les conséquences de l'hostilité de Darwin envers les Turcs ont encore été ressenties bien après la première guerre mondiale. Les groupes néonazis européens qui attaquent par traîtrise les Turcs en Europe s'inspirent toujours et encore de cette absurdité que Darwin soutenait à l'égard de la nation turque. On peut encore aujourd'hui trouver certains propos de Darwin concernant les Turcs sur des sites Internet de groupes racistes. (Voir le chapitre "L'alliance sanglante entre Darwin et Hitler")

Le racisme et le darwinisme social en Amérique

Le darwinisme social a aussi servi de soutien aux racistes et aux impérialistes dans d'autres pays que la Grande-Bretagne. Il s'est ainsi propagé rapidement dans le monde entier. A la tête de ceux qui ont soutenu la théorie de Darwin se trouvait le président américain Théodore Roosevelt. Roosevelt était le principal partisan et exécuteur du programme de purification ethnique appelé "relocalisation obligatoire" appliqué aux indiens d'Amérique. Dans son livre The Winning of the West (La victoire de l'Ouest), Roosevelt décrivit une idéologie poussant au massacre. Il y soutint qu'une guerre raciale pour exterminer les indiens était inévitable.25 Sa plus grande force fut d'utiliser le darwinisme car cela lui a donné la chance de définir les indigènes comme appartenant à une espèce arriérée.

 

Comme Roosevelt l'avait prévu, aucun des traités conclus avec les indiens d'Amérique ne fut respecté. En 1871, le Congrès ignora tous les traités conclus avec les indiens d'Amérique et décida de les exiler tous vers des terres désertes afin qu'ils y attendent la mort. Si les indiens n'étaient pas considérés comme étant humains, comment les traités conclus avec eux pouvaient-ils être valables?

Roosevelt a aussi prétendu que la guerre raciale mentionnée ci-dessus représentait la culmination de l'établissement des peuples anglophones (anglo-saxons) dans le monde.26

Josiah Strong, évolutionniste américain et ecclésiastique protestant et l'un des partisans principaux du racisme anglo-saxon, employa la même logique. Il écrivit:

Alors le monde entrera dans une nouvelle ère historique, celle de la compétition raciale finale pour laquelle l'Anglo-saxon s'est préparé. Si je ne me trompe, cette race puissante ira au Mexique, en Amérique Centrale, en Amérique du Sud, sur toutes les îles, en Afrique et même au-delà. Personne ne peut douter que le résultat de cette compétition sera "la survie du mieux adapté".27

Une grande partie des racistes qui se sont servis du darwinisme social haïssaient les noirs. Dans leurs théories racistes, on trouve une hiérarchie des races où la race blanche est supérieure alors que la race noire est la plus primitive. Il paraît clair que tous ont embrassé le concept de l'évolution avec grand enthousiasme.28

Henry Fairfield Osborn, le plus proéminent des théoriciens racistes évolutionnistes, écrivit, dans un article intitulé "The Evolution of Human Races" (L'évolution des races humaines), que "la moyenne intellectuelle du noir adulte moyen est semblable à celle d'un jeune homme de 11 ans de l'espèce Homo Sapiens".29

Selon cette logique, les noirs ne sont pas des êtres humains. Carleton Coon, un autre des partisans les plus connus de la pensée raciste évolutionniste, prétendit dans son livre The Origins of Races (Les origines des races), publié en 1962, que les races noires et blanches appartiennent à deux espèces différentes qui se seraient séparées l'une de l'autre dans la période de l'Homo Erectus. D'après Coon, les blancs se seraient développés davantage après cette séparation. Les partisans de la discrimination contre les noirs se sont servis de cette explication pseudo-scientifique pendant longtemps.

Le soutien scientifique permit au racisme de se propager rapidement en Amérique. W. E. Dubois, connu pour être opposé à toute discrimination raciale, déclara que "le problème du vingtième siècle est celui de la discrimination raciale". Il souligna l'importance de la situation paradoxale suivante: comment expliquer que le problème du racisme se soit répandu si facilement dans le pays qui veut devenir la plus grande démocratie du monde et qui a, dans un certain sens, atteint ce but démocratique? L'abolition de l'esclavage n'a pas suffi à établir la fraternité entre noirs et blancs. La discrimination officielle est devenue, selon Dubois, une situation ipso facto et légale, dont on cherche encore une voie de sortie.30

Les premières lois racialement discriminatrices sont aussi apparues à cette époque. Elles étaient alors connues sous le nom des "lois de Jim Crow" (Jim Crow était l'un des surnoms dérogatoires attribués par les blancs aux noirs). Les noirs n'étaient pas traités comme des humains et étaient méprisés et dédaignés partout. Ceci ne se bornait pas au comportement de quelques individus racistes, mais était une politique légale adoptée par l'état américain. Juste après le passage de la première loi approuvant la ségrégation raciale sur les chemins de fer et les trams au Tennessee en 1875, tous les Etats du Sud adoptèrent la même loi. Des panneaux "Réservé aux blancs" et "Réservé aux noirs" furent accrochés partout. En réalité, tout cela n'était rien d'autre que l'octroi de statut officiel à une situation qui existait déjà. Les mariages interraciaux furent interdits. Conformément à la loi, la ségrégation fut obligatoire dans les hôpitaux, les prisons et les cimetières. En pratique, cela incluait aussi les hôtels, les théâtres, les bibliothèques et même les ascenseurs et les églises. La ségrégation dans les écoles était la plus sévère. Ce fut la mesure qui affecta le plus sérieusement les noirs, constituant le plus grand obstacle à leur développement culturel.

La ségrégation raciale officielle fut suivie d'une vague de violence. Il y eut une hausse rapide des lynchages de noirs. Entre 1890 et 1901, environ 1.300 noirs furent lynchés. Les noirs se sont révoltés dans plusieurs Etats pour dénoncer ces exécutions.

Le développement de pensées et de théories racistes a naturellement accompagné cette période: peu de temps après, le racisme biologique américain s'exprimait à travers les résultats obtenus par la méthode de mesure de la capacité crânienne de R. B. Bean. Afin de protéger le nouveau continent d'une vague de migration non contrôlée, une sorte particulière de racisme a surgi en Amérique. Madison Grant, l'auteur du livre The Passing of the Great Race (1916), écrivit que le métissage des deux races mènera à l'apparition d'une race plus primitive encore que l'espèce inférieure.31 Il proposa ainsi que les mariages interraciaux soient interdits.

Le racisme existait déjà en Amérique et dans le monde entier avant Darwin. Cependant, le darwinisme a offert un soutien évident aux vues et aux politiques racistes de la deuxième moitié du 19ème siècle. Comme nous l'avons vu dans ce chapitre, les racistes se sont servis des affirmations et des slogans darwinistes pour soutenir leurs idées. Les notions qui, avant Darwin, avaient été considérées cruelles, étaient maintenant acceptées comme loi naturelle.

La politique inhumaine des racistes darwinistes L'extermination des aborigènes

Les indigènes d'Australie sont connus sous le nom d'aborigènes. Ces gens, qui avaient vécu sur le continent pendant des milliers d'années, ont subi l'une des plus grandes exterminations de l'histoire suite à l'arrivée des colons européens. La base idéologique et scientifique de cette extermination fut le darwinisme. Les vues des idéologues darwinistes au sujet des aborigènes permirent la sauvagerie dont ces gens ont souffert.

En 1870, Max Muller, un anthropologue évolutionniste de la London Anthropological Review, divisa les races humaines en sept catégories. Les aborigènes se trouvaient dans la plus basse des catégories alors que la race aryenne, celle des européens blancs, se trouvait dans la plus haute. H. K. Rusden, un célèbre darwiniste social, prononça les mots suivants à propos des aborigènes en 1876:

La survie du mieux adapté signifie que la loi du plus fort est toujours la meilleure. Donc, nous invoquons et accomplissons implacablement la loi inexorable de la sélection naturelle en exterminant les Australiens inférieurs et les races de Maori... Et nous nous emparons calmement de leur patrimoine.32

En 1890, James Barnard, le vice-président de la Société Royale de Tasmanie, écrivit: "Le processus d'extermination est un axiome de la loi de l'évolution et de la survie du mieux adapté." Il n'existait donc, comme il le conclut, aucun sentiment de culpabilité dans le meurtre et la dépossession des aborigènes australiens.33

Les vues racistes impitoyables et sauvages nourries par Darwin menèrent donc à un massacre épouvantable visant à exterminer les aborigènes. Des têtes d'aborigènes furent clouées aux portes des gares et du pain empoisonné fut distribué aux familles aborigènes. Dans plusieurs régions d'Australie, les territoires habités par les aborigènes ont cruellement disparu en l'espace de 50 ans.34

La politique envers les aborigènes ne se limitait pas à des massacres. Beaucoup d'aborigènes furent traités comme des animaux de laboratoire. L'Institut Smithsonian de Washington D. C. a conservé restes de 15.000 personnes de races diverses. 10.000 aborigènes australiens furent envoyés par bateau au Musée britannique, afin de comprendre s'il existait vraiment "un maillon manquant" dans la transition de l'animal à l'homme.

Les musées ne s'intéressaient pas qu'aux os: ils ont conservé des cerveaux appartenant aux aborigènes et les ont ensuite vendus à bon prix. Il existe également des preuves qui montrent que des aborigènes australiens ont été tués pour être employés comme spécimens. Les faits décrits ci-dessous témoignent de cette cruauté:

Le mémoire de fin de vie de Korah Wills, maire de Bowen dans le Queensland en 1866, décrivit clairement la façon dont il tua et découpa en morceaux les membres d'une tribu locale en 1865 afin de se fournir en spécimens scientifiques.

Edouard Ramsay, directeur du musée australien de Sydney de 1854 à 1874, publia une brochure concernant le musée; il décrivit les aborigènes comme étant "des animaux australiens". Il y donna non seulement des instructions concernant la façon de profaner des tombes, mais aussi concernant la façon de dissimuler les blessures de balle dans "les spécimens" récemment tués.

Amalie Dietrich (surnommée 'l'ange de la mort noire'), une évolutionniste allemande, est venue en Australie demander aux propriétaires de garnisons la permission de tuer des aborigènes pour obtenir des spécimens, et en particulier pour avoir des peaux de bourrage et de montage pour ses employés du musée. Bien que probablement expulsée d'au moins une propriété, elle fut bientôt de retour à la maison avec ses spécimens.

Un missionnaire du New South Wales avait témoigné avec horreur du massacre d'une douzaine d'Aborigènes, hommes, femmes et enfants, par la police montée. Quarante-cinq têtes furent bouillies et les 10 meilleurs crânes furent envoyés en outre-mer.35

L'extermination des aborigènes a continué pendant le 20ème siècle. L'enlèvement par force d'enfants aborigènes fut l'une des méthodes employées pendant cette extermination. Alain Thornhill, dans un article paru dans le Philadelphia Daily News du 28 avril 1997, décrivit de la façon suivante la méthode employée contre les aborigènes:

DES FAMILLES ABORIGENES RACONTENT LES ENLEVEMENTS

Les aborigènes qui vivaient dans les déserts isolés du Nord-Ouest de l'Australie couvraient leurs enfants à peau claire avec du charbon de bois, espérant ainsi empêcher les agents de la sécurité sociale de les emporter.

"Les agents de la sécurité sociale vous enlevaient au moment où ils vous trouvaient," rapporta l'un des enfants enlevés, plusieurs années plus tard. "Notre peuple nous cachait, nous peignait avec du charbon de bois."

"J'ai été pris à Moola Bulla," disait un ouvrier qui avait été enlevé quand il était enfant. "Nous avions 5 ou 6 ans environ." Son récit fut l'un parmi les milliers entendus par la Commission des Droits de l'Homme et d'Opportunités Egales d'Australie créée spécifiquement pour une enquête sur "la génération enlevée". De 1910 jusqu'aux années 1970, environ 100.000 enfants aborigènes ont été enlevés à leurs parents... Des enfants aborigènes à peau claire ont été enlevés et donnés en adoption aux familles blanches. Les enfants à peau brune ont été placés dans des orphelinats.36

Aujourd'hui, la douleur est encore si grande que la plupart des récits du rapport final de la commission intitulé "Les ramener chez eux" furent imprimés anonymement. La commission a déclaré que les actions des autorités pouvaient être considérées comme étant un génocide, selon la définition des Etats-Unis. Le gouvernement a refusé de suivre les conseils de l'enquête qui proposait la formation d'un tribunal afin d'estimer les paiements d'indemnité pour les enfants enlevés.

Comme nous venons de le voir, le traitement inhumain, les massacres, la cruauté, la sauvagerie et les exterminations effectuées ont toujours été justifiés par des thèses darwinistes tels que "la sélection naturelle", "le combat pour la survie" et "la survie des mieux adaptés".

Toutes ces souffrances subies par les indigènes australiens ne sont qu'une petite partie des catastrophes mondiales causées par le darwinisme.

Ota Benga

Suivant la prétention de Darwin que les hommes et les singes descendraient d'un ancêtre commun, des recherches de fossiles furent entreprises pour soutenir ce scénario. Certains évolutionnistes pensaient trouver des créatures "mi-homme/mi-singe" dans les fossiles répertoriés, aussi bien que dans le monde vivant dans diverses parties du monde. Au début du 20ème siècle, les recherches du "maillon manquant" causèrent plusieurs actes de sauvagerie. L'un de ces actes peut être illustré par l'histoire du pygmée nommé Ota Benga.

Ota Benga fut capturé en 1904 au Congo par un chercheur évolutionniste appelé Samuel Verner. Cet indigène, dont le nom signifie "ami" dans sa propre langue, était marié et père de deux enfants. Il fut enchaîné comme un animal, enfermé dans une cage et envoyé aux Etats-Unis. Au cours de l'exposition universelle de St. Louis, des scientifiques évolutionnistes l'ont enfermé dans une cage avec diverses espèces de singe et l'ont présenté comme "le maillon le plus proche de l'homme". Deux ans plus tard, ils l'ont emmené au Zoo du Bronx de New York et l'ont exposé comme étant l'un "des ancêtres les plus vieux de l'homme" avec des chimpanzés, un gorille nommé Dinah et un orang-outan nommé Dohung. Le directeur évolutionniste du zoo, le docteur William T. Horniday, a donné de longs discours sur combien il était fier de posséder "le maillon manquant". Les visiteurs ont traité Ota Benga comme un simple animal vivant dans une cage. Une édition du "New York Times" imprimée à cette époque décrivit ainsi les attitudes des visiteurs:

Il y avait, le dimanche, 40.000 visiteurs dans le parc. Presque chaque femme, homme et enfant visitaient l'abri des singes pour voir l'objet d'attraction du parc - l'homme sauvage venant d'Afrique. Ils le harcelaient toute la journée, en hurlant, en raillant et en criant. Certains d'entre eux lui ont donné des coups de poings dans les côtes, d'autres l'ont fait tomber, tous se sont moqués de lui.37

L'édition datée du 17 septembre 1906 du New York Journal indiqua que tout ceci servait à prouver la théorie de l'évolution, tout en soulignant la grande injustice et cruauté commise:

… Ces hommes sans pensée et sans intelligence ont exposé dans une cage à singes un nain humain d'Afrique. Leur idée était probablement d'inculquer une bonne leçon d'évolution.

En fait, le seul résultat obtenu fut de perpétuer le mépris pour la race africaine, qui mériterait plus de sympathie et de politesse de la part des blancs de ce pays, surtout si l'on considère la brutalité dont elle a été l'objet ici…

 

C'est honteux et répugnant que le malheur d'un être humain, son handicap physique, créé par la même Force qui nous a tous créés et nous a accordé les mêmes sentiments et la même âme, le condamne à être enfermé dans une cage avec des singes, et à être sujet de la moquerie publique.38

Le New York Daily Tribune mentionna aussi qu'Ota Benga fut exposé dans le zoo afin de prouver la théorie de l'évolution. La rhétorique défensive du directeur darwiniste du zoo ne comportait aucun scrupule:

L'exposition, la semaine dernière, d'un pygmée africain dans la même cage qu'un orang-outang dans le parc zoologique de New York a causé une critique considérable. Certains ont déclaré que c'était une tentative de la part du Directeur Hornaday pour démontrer un rapport proche entre les noirs et les singes. Mais le docteur Hornaday a nié tout cela. "Si ce petit homme est dans une cage," a dit le docteur, "c'est parce qu'il y est plus confortable et parce que nous ne savons pas quoi d'autre faire de lui. Il n'est absolument pas prisonnier ici, cependant, personne ne peut dire qu'il serait prudent de lui permettre d'errer seul dans la ville."39

Le traitement animal envers Ota Benga dans le zoo a causé un malaise dans divers cercles. Certaines fondations se sont adressées aux autorités pour faire cesser cette pratique. Ils disaient qu'Ota Benga était un être humain et que c'était une grande cruauté de le traiter de cette façon. L'une de ces demandes a paru dans le New York Globe du 12 septembre 1906:

Rédacteur de Globe:

Monsieur, j'ai vécu pendant plusieurs années dans le Sud. Bien que je ne sois pas très tolérant envers les noirs, je les considère humains. Je pense que c'est une honte que les autorités de cette grande ville permettent un spectacle tel que celui du parc du Bronx - un jeune nègre, exposé dans une cage de singe... Toute cette affaire de pygmée nécessite une investigation...

A.E.R. New York, 12 septembre 40

Voici une autre demande sollicitant qu'Ota Benga soit traité comme un être humain:

Le clergé désapprouve l'exposition d'hommes et de singes

Le révérend Dr. MacArthur pense que cette exposition est dégradante

"La personne responsable de cette exposition se dégrade autant qu'elle dégrade l'Africain" dit le Docteur MacArthur. "Au lieu de faire de ce petit homme une bête, on devrait le placer dans une école pour qu'il puisse développer les facultés que Dieu lui a accordées."

Le Docteur Gilbert, quant à lui, était déjà convaincu que l'exposition était une atrocité et que lui et d'autres pasteurs se joindraient au Docteur MacArthur pour faire libérer l'homme des buissons de la cage de singe afin de le placer ailleurs.41

Le résultat final de ce traitement inhumain fut le suicide d'Ota Benga. Le problème, ici, était plus grave que la perte d'une vie humaine. Cet événement était une illustration claire de la cruauté et de la sauvagerie que le racisme darwiniste pouvait provoquer.

La supériorité dépend du caractère plutôt que du sang

Darwin a représenté les hommes comme étant une espèce d'animal développée, dont certaines races n'ont pas encore achevé un développement suffisant et sont donc encore très proches des animaux. Cela fut très dangereux et destructif pour l'histoire humaine. Ceux qui se sont laissés guider par les idées de Darwin ont impitoyablement opprimé des personnes de races différentes de la leur, en les forçant à vivre dans des conditions invivables, voire en les exterminant.

Bryan Appleyard, auteur du livre A Brave New World (Un nouveau monde plein de progrès), expliqua la mentalité tyrannique de base du racisme et les conséquences qu'elle engendra:

Une fois que les gens décident que vous êtes une créature inférieure, que ce soit pour des raisons superstitieuses ou scientifiques, il semble n'exister aucune limite à la cruauté qu'ils peuvent vous infliger. De plus, ils sont susceptibles d'infliger cette cruauté sans

ressentir le besoin de se justifier. Il n'existe, en effet, qu'un petit pas entre croire qu'un être humain est inférieur et croire qu'il est mauvais, dangereux ou menaçant pour les autres êtres 'supérieurs'. En effet, certains poussent la généralisation plus loin et insistent pour que tous les êtres 'inférieurs' soient considérés dangereux parce qu'ils menacent la vie ou la santé de la race humaine entière. Ils peuvent alors préconiser la stérilisation, restrictions sur le mariage et même le meurtre pour empêcher l'assaut du réprouvé sur l'intégrité de l'espèce.42

Pourtant, tous les gens sont créés égaux par Dieu. Le Coran annonce la création des hommes de la façon suivante:

… Qui a bien fait tout ce qu'Il a créé. Et Il a commencé la création de l'homme à partir de l'argile, puis Il tira sa descendance d'une goutte d'eau vile (le sperme); puis Il lui donna sa forme parfaite et lui insuffla de Son Esprit. Et il vous a assigné l'ouïe, les yeux et les curs. Que vous êtes peu reconnaissants! (Sourate as-Sadjdah, versets 7-9)

Comme les versets ci-dessus le révèlent, les hommes portent l'âme que Dieu leur a insufflée. Chaque être humain, sans tenir compte de sa race, pense, sent, aime, souffre, s'excite, connaît l'amour, l'affection et la compassion. Il connaît aussi la tyrannie, le mépris et la difficulté. Pour cette raison, ceux qui crurent ou croient au cours de l'histoire que les gens d'autres races sont des animaux mi-développés et qui les maltraitent, les offensent, les oppriment, en exploitent même une seule personne, et tous ceux qui soutiennent ces pratiques pseudo-scientifiques commettent, sans le savoir, un grand péché.

Il existe aujourd'hui des sociétés humaines relativement sous-développées. Les membres de ces sociétés portent toutes des caractéristiques humaines, mais il leur manque certains critères qui dominent technologiquement et culturellement le monde. Pour des raisons climatiques et naturelles, beaucoup de communautés ont vécu isolées du monde et ont développé des cultures très différentes. Mais il existe, dans chacune, toutes les caractéristiques, les coutumes et les habitudes communes à l'humanité. Ceux qui avaient des intentions cachées et qui reconnurent les avantages que le racisme leur procurerait, ont embrassé la théorie de Darwin avec enthousiasme. Cela leur a permis de considérer ces gens normaux comme appartenant à une race inférieure et comme étant des animaux. Le résultat est qu'aujourd'hui, il existe encore des personnes qui oppriment et méprisent les gens et les communautés les moins développés.

Dieu a cependant condamné tout racisme. Il a créé des êtres humains de couleurs et de langues différentes. C'est une preuve indéniable de l'art et de la diversité de Sa création:

Et parmi Ses Signes la création des cieux et de la terre et la variété de vos idiomes (langues) et de vos couleurs. Il y a en cela des preuves pour les savants. (Sourate ar-Roum, verset 22)

En présence de Dieu, la seule supériorité est le caractère d'une personne, son abstention de toutes sortes de péchés, rébellions, dégénérescences et déviations, et sa moralité supérieure provenant de sa piété. A part sa piété, aucun homme ne peut avoir une supériorité quelconque par rapport à un autre. Dieu nous révèle cette vérité dans le verset suivant:

O hommes! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, afin que vous vous connaissiez mutuellement. Certes, le plus noble d'entre vous, auprès d'Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand-Connaisseur. (Sourate al-Houdjourât, verset 13)


NOTES

7- A.E. Wilder-Smith, Man's Origin Man's Destiny, The Word for Today Publishing, 1993, p.166.
8- Charles Darwin, The Descent of Man, 2ème édition, New York, A L. Burt Co., 1874, p.178.
9- Charles Darwin, The Descent of Man, 2ème édition, New York, A L. Burt Co., 1874, p.171.
10- Godfrey Lienhardt, Social Anthropology, Oxford University Press, p.11.
11- Benjamin Farrington, What Darwin Really Said, London: Sphere Books, 1971, pp.54-56.
12- James Ferguson, The Laboratory of Racism, New Scientist, vol. 103, (septembre 1984, p.18).
13- Lalita Prasad Vidyarthi, Racism, Science and Pseudo-Science, Unesco, France, Vendôme, 1983, p.54.
14- David N. Menton, Ph.D., The Religion of Nature: Social Darwinism, St. Louis MetroVoice, septembre 1994, vol. 4, no: 9.
15- Stephen Jay Gould, Ever Since Darwin, W. W. Norton & Company, New York 1992, p.217
16- Stephen Jay Gould, Ever Since Darwin, W. W. Norton & Company, New York 1992, p.220.
17- Alaeddin Þenel, Irk ve Irkçýlýk Düþüncesi, Ankara: Bilim ve Sanat Yayýnlarý, 1993, pp.67-68.
18- Thomas Gossett, Race: The History of an Idea in America, Dallas: Southern Methodist University Press, 1963, p.81 cité dans Irk ve Irkçýlýk Düþüncesi, Alaeddin Þenel, Ankara: Bilim ve Sanat Yayýnlarý, 1993, p.68.
19- Jacques Attali, 1492, Librairie Arthème Fayard, 1991, p.197.
20- François de Fontette, Le Racisme, 6ème édition, Presses Universitaires de France, 1988, pp.40-41.
21- James Joll, Europe Since 1870: An International History, Penguin Books, Middlesex, 1990, pp.102-103.
22- Kenneth J. Hsü, réponse au commentaire de "Darwin's Three Mistakes", Geology, vol. 15, avril 1987, p.377.
23- Süleyman Kocabaþ, Hindistan Yolu ve Petrol Uðruna Yapýlanlar: Türkiye ve Ýngiltere, première édition, Ýstanbul: Vatan Yayýnlarý, 1985, p.231.
24- Francis Darwin, The Life and Letters of Charles Darwin, Vol. I, 1888. New York D. Appleton and Company, pp.285-286.
25- Henry M. Morris, The Long War Against God, Baker Book House, 1989, p.70.
26- Henry M. Morris, The Long War Against God, Baker Book House, 1989, p.71.
27- Thomas Gossett, Race: The History of an Idea in America, Dallas: Southern Methodist University Press, 1963, p.188.
28- Alaeddin Þenel, Irk ve Irkçýlýk Düþüncesi, Ankara: Bilim ve Sanat Yayýnlarý, 1993, pp. 85-90.
29- Henry Fairfield Osborn, "The Evolution of Human Races", Natural History, avril 1980, p.129 - réimpression de l'édition du janvier/février 1926.
30- François de Fontette, Le Racisme, 6ème édition, Presses Universitaires de France, 1988, p.101.
31- François de Fontette, Le Racisme, 6ème édition, Presses Universitaires de France, 1988, p.105.
32- Jani Roberts, How New-Darwinism Justified Taking Land From Aborigines and Murdering Them in Australia, http://www.gn.apc.org/inquirer/ausrace.html.
33- Jani Roberts, How New-Darwinism Justified Taking Land From Aborigines and Murdering Them in Australia, http://www.gn.apc.org/inquirer/ausrace.html.
34- Jani Robert, How New-Darwinism Justified Taking Land From Aborigines and Murdering Them in Australia, http://www.gn.apc.org/inquirer/ausrace.html.
35- Creation Ex Nihilo, vol. 14, no:2, mars-mai 1992, p.17.
36- Philadelphia Daily News, 28 avril 1997.
37- Philips Verner Bradford, Harvey Blume, Ota Benga, The Pygmy in the Zoo, Canada, octobre 1993, p.269.
38- Philips Verner Bradford, Harvey Blume, Ota Benga, The Pygmy in the Zoo, Canada, octobre 1993, p.267.
39- Philips Verner Bradford, Harvey Blume, Ota Benga, The Pygmy in the Zoo, Canada, octobre 1993, p.266.
40- Philips Verner Bradford, Harvey Blume, Ota Benga, The Pygmy in the Zoo, Canada, octobre 1993, p.264.
41- Philips Verner Bradford, Harvey Blume, Ota Benga, The Pygmy in the Zoo, Canada, octobre 1993, p.259.
42- Bryan Appleyard, Brave New Worlds, Harper Collins Publishers, London 1999, pp.49-50.